Une histoire née à l'adolescence
Les premières racines du Sortilège de l'Oubli remontent à l'adolescence de Shirya Elwë.
Pendant longtemps, l'histoire reste un projet intime, repris, transformé et réécrit à plusieurs reprises avant de trouver sa forme définitive. Publier ce roman représente alors l'aboutissement d'un rêve ancien.
Mais une fois la dernière page écrite, une évidence s'impose : l'histoire ne peut pas s'arrêter là.
Les personnages ont encore trop de choses à vivre. L'envie d'écrire une suite naît presque naturellement, puis l'univers grandit avec eux. De nouvelles relations apparaissent, certains personnages prennent une importance inattendue et ce qui devait être une histoire devient progressivement un monde beaucoup plus vaste.
Des MMORPG transformés en monde réel
L'influence des MMORPG est profondément inscrite dans l'architecture des Chroniques de Shirya.
Elle ne prend toutefois pas la forme de niveaux, de statistiques ou de règles affichées comme dans un jeu. Shirya Elwë préfère partir d'un mécanisme vidéoludique et se poser une autre question :
À quoi ressemblerait ce système s'il existait réellement dans une civilisation ?
Les CSSI en sont un exemple. Ces centres fonctionnent comme un réseau de stockage connecté : un objet déposé dans une ville peut être récupéré depuis un autre centre ailleurs dans le monde, à la manière des coffres personnels partagés que l'on retrouve dans de nombreux jeux en ligne.
La même logique nourrit les systèmes de téléportation, l'organisation des villes et des châteaux ou encore certains objets technomagiques.
Les brassards utilisés dans les Chroniques permettent notamment de communiquer à distance, d'échanger des informations ou d'intervenir sur la santé de leur porteur. Des fonctions qui évoquent les systèmes de messagerie, de groupe ou de survie propres aux MMORPG, mais repensées pour devenir naturelles dans l'univers.
Le jeu disparaît. Il ne reste que le monde qui aurait pu naître de ses règles.
Quand les personnages prennent les commandes
Shirya Elwë écrit rarement en décidant à l'avance de chacun des gestes de ses personnages. Sa méthode repose davantage sur leur personnalité.
Face à une situation, elle cherche moins à se demander ce dont l'histoire a besoin qu'à réfléchir à ce que le personnage ferait réellement : ce qu'il dirait, ce qu'elle refuserait, ce qui pourrait la blesser, la séduire, la mettre en colère ou la pousser à agir.
À force de vivre avec eux, les personnages deviennent ainsi les moteurs de leurs propres récits.
Une relation peut naître sans avoir été prévue. Une décision peut déplacer toute une intrigue. Un personnage secondaire peut soudain réclamer beaucoup plus d'espace.
Cette liberté fait partie intégrante de la manière dont les Chroniques de Shirya se construisent.
Pourquoi la dark fantasy ?
À première vue, l'univers de Shirya possède de nombreux attributs de l'heroic fantasy : royaumes, peuples fantastiques, créatures, magie, exploration et batailles.
Mais Shirya Elwë ne souhaitait pas raconter un monde dont les personnages adultes seraient privés d'une partie essentielle de leur existence.
L'amour, le désir, la sexualité, la jalousie, la tendresse ou les contradictions d'une relation font partie de leur vie au même titre que les quêtes ou les combats.
De la même manière, un monde habité par des créatures puissantes, des monstres, des conflits et des forces magiques dangereuses ne pouvait rester éternellement propre et sans conséquences.
La violence existe. Les corps peuvent être blessés. Les décisions ont un prix. Et certaines relations franchissent des frontières que d'autres histoires préféreraient laisser intactes.
La dark fantasy s'est donc imposée comme le territoire naturel des Chroniques de Shirya : un espace suffisamment vaste pour laisser coexister le merveilleux, le brutal, le sensuel, le tragique et le tendre.
Entre chair, émotion et poésie
Cette volonté de ne pas détourner le regard se retrouve particulièrement dans les scènes charnelles.
L'écriture de Shirya Elwë mêle volontairement le cru, le descriptif et la poésie.
Elle ne cherche ni à dissimuler les corps derrière une succession de métaphores, ni à réduire l'intimité à une mécanique de gestes. Les sensations peuvent être dites franchement. Les corps peuvent être décrits sans détour. Mais l'émotion, l'atmosphère et la relation entre les personnages restent toujours présentes.
Une scène peut être explicite tout en conservant une forme de beauté. Elle peut être poétique sans cesser d'être physique.
Ce mélange entre chair, émotion et poésie est devenu l'une des signatures les plus personnelles de son écriture.
Les scènes intimes ne sont donc pas conçues comme des parenthèses étrangères au récit. Elles peuvent révéler une vulnérabilité, transformer une relation, faire tomber une barrière ou, au contraire, en créer une nouvelle.
Écrire au-delà de ses propres barrières
Cette liberté n'a pas toujours été évidente.
Au début de son parcours, Shirya Elwë s'imposait certaines limites sur ce qu'elle accepterait ou non d'écrire. Avec le temps, ces limites sont devenues des interrogations.
Plutôt que de conserver une frontière uniquement parce qu'elle avait été définie auparavant, elle a choisi de l'éprouver par l'écriture : écrire la scène, la vivre avec ses personnages, puis observer ce qu'elle provoque.
Certaines expériences ont conduit à des passages beaucoup plus durs qu'elle ne l'aurait imaginé à ses débuts. Mais elles lui ont également permis de comprendre qu'une scène pouvait choquer, déranger ou transgresser sans devenir gratuite.
Dès lors qu'elle révèle quelque chose d'un personnage, d'une relation ou du monde dans lequel ils évoluent, elle peut avoir sa place.
Cette évolution a progressivement donné aux Chroniques de Shirya une liberté beaucoup plus grande. Les personnages ont cessé d'évoluer à l'intérieur de frontières prédéfinies, et certaines de leurs relations ont pris des chemins que leur autrice elle-même n'aurait jamais imaginés lorsqu'elle avait écrit leurs premières lignes.
Un monde porté par ses personnages
Au fil des romans, Shirya Elwë s'est profondément attachée aux habitants de son univers.
Ils ne sont plus seulement les pièces nécessaires à une intrigue. Chacun possède sa personnalité, ses contradictions, ses blessures, ses désirs et sa propre façon de regarder le monde.
C'est probablement pour cette raison que l'univers continue de grandir.
Tant que ses personnages auront encore quelque chose à découvrir, à perdre, à aimer ou à devenir, leur histoire ne sera jamais tout à fait terminée.
Les Chroniques de Shirya
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