— Toi aussi, tu n’avais pas ton UPI ?
— Je… je voulais te voir le plus vite possible. Je me suis changée et… j’suis partie, répondit-elle timidement.
Yoru la regarda longuement, sans rien dire. Une légère tension flottait dans l’air, comme suspendue. Il baissa un instant les yeux, puis souffla doucement, son ton devenu grave et mesuré.
— Shirya… Tu sais que je suis bien trop vieux pour une jeune fille comme toi… Toi et moi… ce n’est pas possible. Tu ne vas pas rester ici, rien que pour moi… Tu ne sais même pas qui tu es. Et si tu éprouves de l’amour pour un autre…
Elle ne répondit pas. Son regard glissa vers la couette. Elle y avait pourtant songé, une fois… Était-elle seule ? Aimait-elle déjà quelqu’un, avant sa perte de mémoire ?
Elle ne pouvait pas commencer une nouvelle histoire sans savoir si l’ancienne était terminée…
Les yeux pleins de larmes, elle regarda Yoru. Il était si beau à ses yeux. Et de sa race. Il avait tout pour plaire.
Avait-elle seulement connu un homme aussi séduisant avant d’être victime de ce Sortilège de l’Oubli ?
— Écoute… retrouve la mémoire. Quand ce sera fait, nous reprendrons cette discussion. D’accord ?
Malgré les balafres sur son visage, il lui fit un grand sourire. Elle le lui rendit, faiblement.
Enfin calmée, Shirya leva une main hésitante vers les blessures de Yoru.
— Je… suis vraiment désolée… murmura-t-elle en caressant son visage encore tâché de sang.
L’Elfe Noir hésita quelques instants, puis reprit un ton plus sérieux.
— Tu comptes faire soigner ça ? demanda-t-il, en montrant les plaies qu’elle avait au front.
Sans répondre, elle tourna la tête vers son UPI, qui traînait un peu plus loin sur la couette, à côté de son sac. Mais les mains de Yoru l’obligèrent à le regarder à nouveau.
— Je te demande si tu comptes faire soigner ça, répéta-t-il, avec une détermination douce mais inflexible.
— Ben oui… Tout comme toi, j’imagine. Ce n’est pas que je n’aime pas les cicatrices… mais là, on devrait… répondit-elle sans comprendre l’intérêt de la question.
— Alors laisse-moi faire, s’il te plaît. Je connais un sort de soin que m’a appris une guérisseuse.
Je te passerai les détails sur comment elle me l’a enseigné, mais… ça devrait te faire plaisir, j’imagine.
Shirya fronça les sourcils et tenta de chasser l’image que son esprit, très créatif, venait de peindre : Yoru et une belle humaine guérisseuse… sur une table à manger.
Mais déjà, les lèvres de Yoru s’étaient posées contre les siennes.
Leur contact, chaud et humide, doux et apaisant, lui fit fermer les yeux. Le temps se figea l’espace d’un baiser. Elle s’abandonna totalement et laissa l’ivresse de cette étreinte s’insinuer en elle, telle une vague de chaleur. Elle ne sentait plus aucune douleur. Était-ce parce que ce baiser lui faisait oublier les choses les plus futiles pour n’en garder que le meilleur ?
Elle ouvrit doucement les yeux. Yoru l’embrassait toujours, mais tous deux étaient entourés d’une intense aura verte. Lentement, les blessures de chacun se résorbaient. Elle referma les yeux et posa une main sur le visage de Yoru.
Après une durée indéfinissable pour chacun d’eux, il posa à son tour une main sur sa joue et, délicatement, écarta ses lèvres des siennes. Tous deux ouvrirent les yeux. Ceux de Shirya brillaient dans la lueur de la cheminée. Des larmes naissantes apparaissaient à leur coin. Yoru les essuya à l’aide de ses pouces.
— Je savais bien que tu apprécierais.
— Je… elle t’a appris d’autres choses ? demanda-t-elle timidement, le visage écarlate jusqu’à la pointe de ses oreilles.
— Peut-être ! ricana Yoru. On en reparlera !
Il lui lança un clin d’oeil.
— Bon ! Et maintenant, tu veux bien me parler de tes soucis ?